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    Laffaire Azmi Bishara et les Palestiniens du 48

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    : 27/04/2007

    pal Laffaire Azmi Bishara et les Palestiniens du 48

        06, 2007 5:07 am





    Laffaire Azmi Bishara et les Palestiniens du 48 : au cur du conflit






    CIREPAL (Centre dInformation sur la rsistance en Palestine)







    Un mois plus tt, les autorits sionistes se prparaient fomenter un dossier scuritaire contre Azmi Bishara, dirigeant du Rassemblement national dmocratique et dput la Knesset, alors que ce dernier se trouvait en tourne dans certains pays arabes, invit par des institutions intellectuelles, culturelles ou politiques. Le dossier scuritaire foment par les services de renseignements israliens et approuv par les autres institutions sionistes accuse Azmi Bishara, palestinien de 48, de connivence avec lennemi (la rsistance libanaise notamment). Avant mme de leur fournir une occasion de larrter et de le juger, Azmi Bishara dmissionne de la Knesset et attend de pouvoir rentrer au pays, la tte haute.

    Azmi Bishara refuse dtre questionn par les services de renseignements, qui avaient install des micros et enregistr toutes ses conversations tlphoniques, depuis des mois voire des annes. Intellectuel, crivain, politicien, Bishara navait pas lhabitude de cacher ni ses relations arabes, ni ses ides ou opinions. Il explique son refus dtre interrog par des services scuritaires (interview par un journaliste palestinien, pour le quotidien sioniste, Yediot Aharanot, 10 mai 2007) : Ils veulent mimposer leur rgle du jeu, un jeu scuritaire, mais je refuse ces rgles. Je naccepte pas dtre un petit accus entre leurs mains. Je ne massirai pas devant un instructeur qui me questionnera sur mes dclarations telle ou telle personne, tel ou tel ami, des dclarations quil faudra expliquer et justifier. Je naccepte pas de participer ce jeu. Je refuse de considrer des amis comme des agents de ltranger.. Qui sont-ils pour intervenir ainsi dans notre vie et dans nos relations avec le monde arabe et ses journalistes ?





    Laccusation de connivence avec lennemi est entirement refuse et semble mme ridicule, pour Azmi Bishara, ses compagnons, les Palestiniens et plus gnralement les Arabes. Car, comme Azmi le dit, ils peuvent accuser quiconque dagir pour ltranger. Mais quelles sont les informations scuritaires que je possde ? Sil le fallait vraiment, le Hizbullah aurait pu me vendre des informations, car il en a plus, sur la scurit dIsral, quun simple membre de la Knesset, ordinaire et de plus, arabe



    Au-del de cette accusation ridicule, cest tout un climat oppressant qui sest dvelopp depuis 2000 contre les Palestiniens de 48, laffaire de Azmi Bishara nen est que la plus rcente expression. Mme si mdiatiquement, cette affaire est touffe au niveau europen et international, elle eut cependant plus dcho que des dizaines daffaires ayant servi roder les services scuritaires sionistes la poursuite des militants et des personnalits politiques palestiniennes de lintrieur.



    En effet, cest avec lIntifada al-Aqsa, en 2000, que les Palestiniens de 48 se manifestent massivement aprs une priode de repli , due aux accords dOslo, qui les a considrs comme tant une affaire interne isralienne, alors que depuis loccupation de la Palestine en 48, ils ont toujours t une partie intgrante du peuple palestinien et de ce fait, partie intgrante de lOLP et de tous les programmes des organisations de la lutte palestinienne. Trahis par les accords dOslo, les Palestiniens de 48 ou Palestiniens de lIntrieur rinventent, dans leur repli, de nouvelles formes de rsistance et de lutte et font face lisralisation de leur socit, encourage par les consquences de ces accords.

    Cest partir doctobre 2000, qui a vu un soulvement massif des Palestiniens de 48 rprim dans le sang (treize martyrs tombs) que linstitution isralienne, surprise, met en place les filets de sa rpression policire, scuritaire, coloniale et institutionnelle.

    Le soulvement doctobre 2000 fut rvlateur du foss qui spare la socit coloniale isralienne de la socit palestinienne dans la partie occupe en 48, foss qui na fait que se creuser encore, tout au long des annes suivantes. La socit palestinienne de lintrieur sest organise et a dcid de prendre, de faon autonome, ses affaires en main : associations, partis, diverses structures, fondations, se dveloppent et agissent. Cest ce qui fait dire Azmi Bishara, dans la mme interview, concernant sa propre personne :



    Depuis octobre 2000, le climat gnral ma jug. Ils se sont rendus compte quil ne sagit pas dun personne qui agit pour obtenir leur satisfaction ou des bons points de leur part Ils ont ralis quils avaient devant eux des gens qui savaient ce quils disaient. Nous navons pas migr en Isral, mais cest Isral qui a choisi de venir nous. Cest pourquoi, il (Isral) a commenc, ds 2000, mon avis, sa guerre contre nous.



    En aot 2001, les organisations et associations palestiniennes de 48 proposent et obtiennent gain de cause pour quIsral soit dnonc comme un Etat dapartheid la confrence internationale de Durban contre le racisme, confrence qui souleva des temptes de la part des organisations et Etats, amricain et europens, dont la France. A partir de ce moment, les Palestiniens de 48, devenus, aprs la Nakba, une minorit dans son propre pays, rclament de plus en plus quils soient protgs par les Nations-Unies, refusant par l dtre considrs comme une affaire interne isralienne. Ils dveloppent les liens avec les pays et les peuples arabes, de faon autonome, ne voulant pas tre au service de la politique isralienne vis--vis des pays arabes, telle que linstitution isralienne envisage leur rle.



    Azmi Bishara dit ce propos : Avec la Syrie et le Liban, nous avons une culture et une nationalit commune. Nous sommes un mme peuple et nous voulons dvelopper notre relation avec eux, afin que notre relation soit particulire et non pas un pont de paix, cest un pont entre les humains, entre les gens dune mme nationalit. Des membres arabes de la Knesset ont visit la Syrie avant moi, et des ftes israliennes ont clbr cela. Mais mes visites, ils font du tapage autour. Pourquoi ? Car elles ninterviennent pas dans leur agenda, mais font plutt partie de notre agenda.



    Un agenda palestinien, un agenda isralien : deux conceptions opposes pour les Palestiniens de 48 qui adoptent progressivement, sans aucune hsitation, lagenda palestinien : ne plus tre considr citoyen isralien o tous leurs actes devraient tre mis au service de linstitution isralienne. Cest notamment ce niveau que se distinguent les actes et dclarations des Palestiniens de 48 de ceux des divers mouvements israliens anti-guerre ou antisionistes . Dans le cas des Israliens, leur opposition la politique de leur Etat ou gouvernement demeure dans le cadre de leur socit coloniale et fait partie de la dmocratie juive, quel que soit le degr de violence quils adoptent face leur Etat. Ce qui est rvlateur ce titre, cest que rares sont les Israliens qui ont intgr les mouvements palestiniens pour lutter selon un agenda palestinien. Les plus extrmes imitent les structures palestiniennes, mnent un travail parallle mais refusent de se plier lagenda palestinien lui-mme.



    Cest cette volont affirme de sorganiser de faon autonome pour arracher leurs droits nationaux, culturels, civiques, pour sopposer la poursuite de la colonisation de leur pays, la judasation des zones qui leur restent encore, pour protger leurs lieux saints, pour se dvelopper conomiquement et culturellement, malgr toutes les entraves et toutes les mesures rpressives, cest contre cette volont que les institutions sionistes ont pris la dcision de ragir, par les lois, par la rpression et tous les moyens dont elles disposent.



    Concernant la rpression sanglante du soulvement doctobre 2000, lEtat dIsral se soustraie dabord la mise en place dun commission denqute, rclame par les Palestiniens de 48. Lorsque cette commission est mise en place, elle essaie de faire porter la responsabilit du soulvement au dr. Azmi Bishara et sheikh Raed Salah, au lieu daccuser les policiers qui ont tir sur les manifestants. Et jusqu prsent, les parents des victimes rclament que les policiers assassins soient traduits en justice.

    En 2002, Sheikh Raed Salah est arrt avec une dizaine de ses compagnons, dans un opration mdiatico-policire digne des films policiers amricains. Le dossier daccusation comporte des milliers de pages, qui sont, pour une grande part, des retranscriptions de conversations tlphoniques. Il serait accus de financer lennemi par le biais des associations caritatives que le mouvement islamique de lintrieur a fondes sous le rgime et le contrle israliens. Plusieurs associations fondes en Palestine 48 ont matriellement aid les familles de Cisjordanie et de Gaza, sans distinction ni politique, ni religieuse entre les familles. Les autorits sionistes ont voulu, par ces arrestations, criminalis laction humanitaire en la prsentant tantt comme un soutien aux terroristes tantt comme un blanchiment de largent , une sorte de crime financier. Au cours des sances du procs, le procureur et le juge se permettent mme de juger les fondements de lislam, comme la Zakat, essayant de criminaliser les moindres gestes religieux musulmans.

    Fin 2002, quelques cadres de Nazareth, du Rassemblement national dmocratique, sont arrts, accuss de connivence avec lennemi , parce quils auraient rencontr des Libanais ou des Syriens. Dbut 2003, Muhammad Kanaane, secrtaire gnral du mouvement Abnaa al-Balad, et son frre Hussam sont arrts, leurs maisons dvastes et leurs familles terrorises, dans une opration policire hautement mdiatise aussi, pendant que dautres forces policires envahissaient les locaux du parti Hafa et dtruisaient tout le contenu. Muhammad et son frre sont accuss de connivence avec lennemi , parce quils auraient rencontr des citoyens arabes en Jordanie. Plusieurs numros de la revue de jeunesse du parti sont saisis.
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    pal : Laffaire Azmi Bishara et les Palestiniens du 48

        06, 2007 5:08 am


    En 2006, les autorits policires sionistes envahissent le local de lassociation de soutien aux prisonniers, Ansar el-Sageen, situe Majd el-Kroum, dvastent le local, prennent le matriel informatique et mettent lassociation en interdiction. Ils mettent la main, par la mme occasion, sur une collection unique duvres faites par les prisonniers. La cause serait la demande de lassociation Ansar el-Sageen dintgrer les prisonniers de 48 dans la liste des prisonniers qui seraient librs par lchange avec le soldat isralien kidnapp. Lassociation Ansar el-Sageen avait lanc un appel diffus dans le monde, expliquant que les prisonniers palestiniens de 48 ne sont pas des citoyens israliens, comme lEtat sioniste veut le faire croire mais des Palestiniens qui doivent figurer parmi les prisonniers devant tre librs. A ce propos, depuis les accords dOslo, les autorits sionistes refusent toutes demandes dchange de prisonniers concernant les prisonniers palestiniens de 48 et de la ville dal-Quds, considrant quils sont citoyens israliens , les plaant ainsi dans une situation impossible : Ils ne sont considrs ni prisonniers arabes , ni prisonniers palestiniens , alors quils sont dtenus en tant que rsistants palestiniens.

    Vers 2003, les Palestiniens de 48 furent progressivement interdits de se rendre en Cisjordanie, et ds le dbut de lIntifada, ils ne peuvent se rendre dans la bande de Gaza. Cest ainsi que des familles sont spares, quelles ne peuvent partager ni clbrations de mariages ni participation aux funrailles.

    Au niveau lgal, Isral promulgue des lois racistes contre le regroupement familial des Palestiniens spars par la ligne verte, ligne fictive laquelle ne saccrochent que ceux qui essaient de sauver Isral de sa propre folie. Ce sont dun coup des centaines voire des milliers de Palestiniens qui sont menacs dexpulsion de la partie occupe en 48, car ils nauraient pas le droit de vivre en Isral auprs de leurs poux ou pouses.

    Mais le racisme nest pas seulement institutionnel et la rue isralienne, profondment embrigade par lesprit colonial sioniste ds sa plus tendre enfance, est raciste jusqu la molle comme lexprime Walid Yassine, journaliste de ShefaAmr. Des attentats sont commis contre les Palestiniens ou leurs institutions. En plein dsengagement de la bande de Gaza, en 2005, un colon tire sur la foule dans un autobus se rendant Shefa Amr, en Galile. Mais ce ne sont pas lassassin et ses responsables qui seront jugs par linstitution isralienne, ce sont plutt les villageois de Shefa Amr venus la rescousse de leurs parents et qui ont mis fin au carnage en tuant le terroriste isralien. Dautres attentats sont commis : contre des dputs et personnalits comme Issam Makhoul, contre lEglise de Nazareth, contre la mosque de Yafa, les cimetires musulmans ou chrtiens sont profans, plusieurs dputs brutaliss Hafa lors de manifestations, et la liste serait longue sil fallait recenser tous les actes criminels, officiels ou officieux, commis envers les Palestiniens de 48.



    Linstitution isralienne justifie ses mesures racistes par ce quelle appelle le danger dmographique , qui signifie que les Palestiniens, dont prs dun million a t expuls en 48, sont encore trop nombreux pour que lEtat ait un caractre juif. Les Palestiniens de lintrieur ne comptent pourtant quun million 200.000 dans les limites de la ligne verte. Mais habitants originels de la Palestine, ils demeurent les tmoins du crime originel, linvasion et la colonisation sionistes de la Palestine, ds le dbut du sicle dernier.



    Depuis quelques mois, les Palestiniens de 48 reprsentent, de plus, pour linstitution isralienne une menace stratgique . Serait-ce la nomination du raciste Lieberman au ministre de la stratgie nationale qui est lorigine de cette accusation ou bien est-ce un sursaut de linstitution sioniste face ces Palestiniens indracinables qui a amen la Shabak (service de scurit intrieur) les dcrire ainsi ?

    Quoiquil en soit, les Palestiniens de 48, parce quils sont rests, ont vcu et se sont consolids au cur mme de lEtat sioniste, sont devenus un enjeu important dans la lutte nationale palestinienne. Tmoins de premier plan de la politique de nettoyage ethnique pratique par la colonisation sioniste de la Palestine, ils sont aussi les tmoins de la politique coloniale et dapartheid au quotidien : dans ladministration, luniversit, dans les transports (notamment El Al que des Europens continuent emprunter alors que cette compagnie pratique lapartheid ds la rservation du billet), dans les lieux de travail, etc

    Considrs comme une cinquime colonne par linstitution isralienne, ils osent affronter cette institution avec ses propres outils et dans son propre foyer. Ils ont os, lors de la guerre contre le Liban, se dsolidariser davec la rue isralienne, affirmant leur soutien la rsistance libanaise, comme ils laffirment tous les jours avec la rsistance palestinienne. Ils essaient de faire prendre conscience lopinion internationale de leur situation unique : une minorit colonise dans son propre pays et faisant partie, dans sa conscience la plus profonde, du peuple palestinien et des peuples arabes voisins. Ils sont lpine qui empche Isral dtre un Etat juif pour les Juifs, mme sils sont trahis ce niveau par des rgimes arabes. Ils refusent, par consquent, dtre traits comme une affaire interne isralienne et au fil de ces dernires annes, ils se sont aguerris pour affronter linstitution isralienne, sur ce dossier prcisment. Ils refusent le service civil que veut leur imposer lEtat sioniste, soi-disant pour les intgrer la citoyennet isralienne, clamant haut et fort quils nont pas demand tre citoyens de cet Etat, mais que cest cet Etat qui sest impos eux.

    Lenjeu de la lutte nationale mene par les Palestiniens de 48 est dune grande importance pour les prochaines annes : en affirmant leur identit nationale palestinienne et leur appartenance arabe, en participant de plus en plus aux dbats internes palestiniens pour la reconstruction de lOLP o ils seraient nouveau intgrs, en participant aux rencontres interpalestiniennes et interarabes de toutes sortes, en sadressant au monde entier afin quils ne soient pas considrs comme une affaire interne isralienne, les Palestiniens de 48 forgent de nouveaux outils de lutte qui leur permettent de dpasser le statut de minorit dans lequel Isral les a enferms depuis 1948.

    Par leur discours de plus en plus dvelopp, par les actions menes (marche vers les villages dtruits, protection des terres, des villages, des maisons et des lieux saints et profanes, consolidation de lidentit palestinienne, les Palestiniens de 48 ont russi remettre la question sur ses bases fondamentales et premires : il ne sagit ni de territoires occups, ni de ligne verte, ni de partage dal-Quds en deux, mais de lexistence mme dun Etat colonial, raciste et expansionniste.

    Le soutien aux revendications nationales du peuple palestinien ne peut faire limpasse sur la situation et la lutte des Palestiniens de 48. Les considrer comme une minorit dans lEtat dIsral ou comme des citoyens israliens , cest--dire une affaire interne isralienne pouvant tre rsolue par une dmocratie largie aux minorits non juives , cest non seulement masquer la nature du conflit entre lEtat sioniste dune part et la Palestine et la rgion arabe de lautre, mais cest aussi soutenir linstitution isralienne dans sa rpression coloniale vis--vis des Palestiniens.



    Centre d'Information sur la Rsistance en Palestine

      / 28, 2017 4:44 pm